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TERRITOIRES-EN-PAYSAGE.overblog.com

Albine VILLEGER, cogitation, inspiration, agitations scripturales et lignes horizontales de mots sans ego. Prédilections : Les territoires ont un langage, le paysage - Dans un monde de communication et d'image, quelle place pour le le silence en politique ?

Territoires d'économieS en paysage d'attractivité

Publié le 4 Décembre 2016 par TerritoiresEnPaysage

Les évolutions significatives du modèle de développement économique interrogent les acteurs de l'attractivité territoriale sur leurs capacités à appréhender ces changements, leurs conséquences sur les démarches de marketing, à les cerner dans leurs avantages et inconvénients respectifs au regard de l'ancrage local, repensé comme un actif immatériel de nature communicationnel.

L'appétence de plus en plus grande pour les dimensions du cadre et de la qualité de vie conjuguent leurs effets avec celles des des nouveaux modes de travail, que cela concerne l'organisation spatiale - co-working, télé-travail, tiers-lieux collaboratifs ... ou la volonté d'agir en circuits courts généralisés, et pas uniquement pour l'agriculture et l'alimentation.

Co-construire son projet de développement en le faisant reposer sur des valeurs humaines et des richesses partagées ne constitue pas un slogan pour électeur-gogo. Cette tendance lourde s'inscrit dans des démarches récurrentes de "place-making citoyen", à l'instar de l'expérience de Rockford en Illinois, où la victoire surprise d'un candidat non issu de l'un des deux blocs, a débouché sur la mise en place d'un circuit court de développement en mode XXL ! Parti d’une simple conversation sur Twitter, le maire de Rockford, une ville de 150 000 habitants, lourdement touchée par la crise industrielle et le chômage, propose à Etsy, Leader de la vente en ligne de produits de l'artisanat local, l’idée d’un partenariat inédit, « gagnant-gagnant », pour développer une "Etsy Economy" sur son territoire et revaloriser l’image de sa ville…Le principe : ne pas s'illusionner sur les capacités du territoires à attirer les talents des catégories dites CSP+ ou plus joliment nommés "nouveaux talents", avec les start-ups, mais partir de la situation humaine des populations ayant voté pour une autre vision du territoire, ancrant son développement dans le fameux "Il n'est de richesses que d'hommes" de Jean Bodin. Des populations fragilisées socialement, peu qualifiées. Acte I : diagnostiquer les capacités de chacun, identifier les potentiels d'auto-entrepreneuriat - aussi modestes soient-ils. Acte II : les mettre en formation pour conforter les compétences acquises ou spontanées dans le domaine de l'artisanat, entendu de manière large, et donner des clés de fonctionnement pour en faire des micro-entreprises. Acte III : mettre en place une plate-forme pour le booster commercial ; son principe : avoir le réflexe de trouver localement le prestataire requis, que ce soit en matière de travaux, cadeaux, déco, gâteaux etc. Acte IV, donner à voir un territoire convivial, dont l'image a sensiblement évolué positivement, dont la qualité de vie en connexions directes dégage un éco-système de développement, et, in fine, attirer des start-ups dont les acteurs sont en recherche de co, sous toutes ses formes : co-working, co-voiturage, co-construction locale, éco collaborative, et bien évidemment Eco-activités.

L'attractivité n'est plus cet ailleurs de marketing et de communication ; elle procède de ce que les populations et acteurs locaux veulent et donnent à voir. Du local au local, ce qui fait du bien à l'intérieur se voit à l'extérieur.

La troisième révolution industrielle, celle du progrès numérique et digital n'est-elle que technique ? Les objets connectés peuvent transformer nos villes minérales en smart-city, avec de nouveaux services aux usagers. Parallèlement, la végétalisation et l'agriculture urbaine cohabitent avec ces kyrielles d'objets connectés pour remettre du territoire-terroir qualitatif au coeur des stratégies d'attractivité métropolitaine. En Corée du Sud, on observe des démarches de "share-city" plaçant au coeur de leurs préoccupations l'économie du partage et l'évaluation des politiques publiques. Economie du partage, car la valeur d'usage prend de plus en plus d'importance en comparaison de la valeur de possession : location de vélo ou auto pour se déplacer ; système de partage des biens immobiliers pour la résidence principale ou touristique ... La part de services produits sur un territoire emporte un pourcentage croissant de son attractivité. Or, les services sont majoritairement produits par les acteurs publics locaux. Notre service public Made in France, qui de l'attractivité résidentielle au bien-être social ou environnemental en passant par la sécurisation des parcours de vie, pourrait donc se concevoir comme un facteur de ... compétitivité ! Evaluation des politiques publiques irait donc de pair avec cette économie du partage, issu d'un redéploiement du service public.

Comme le disait Robert Kennedy "Le PIB mesure tout, sauf ce qui vaut la peine d'être vécue" : non prise en compte du contenu qualitatif des activités, de la répartition des revenus entre les individus ...Ces dimensions alternatives au PIB constitue un lien direct avec l'enjeu de l'attractivité territoriale, car celle-ci s'envisage dorénavant à l'aune d'une visibilité globale du territoire : son image, activant des ressorts symboliques, médiatiques, émotionnels, communicationnels et son offre, qualifiable objectivement et rationnellement, mêlant les éléments multi-facettes de l'attractivité résidentielle en sus des paramètres économiques. Sport, culture, habitat, éducation, déplacements, crèche, santé ...constituent autant d'indicateurs performants que le haut-débit, l'accessibilité, le prix du foncier, la présence de salariés formés, dans un cadre de cohésion sociale, gage de sécurité des activités.

"La qualité de vie est le principal facteur de compétitivité" dixit Damien Robert, DG de l'EPA Plaine de France.

Notre territoire-lieu, issu de la vision de l'Etat aménageur, est devenu un territoire-lien, après les années de décentralisation, faisant évoluer une vision descendante et jacobine en un mode de management de projet concerté et partenarial, entre acteurs publics et privés.

Le prochain défi de l'attractivité sera de réussir à joindre des gouvernances qui se sont historiquement organisées de manière distincte, avec le tourisme. La Bretagne dispose à cet égard d'un savoir-faire historique. Les premiers acteurs du marketing territorial furent les peintres paysagistes, plaçant de facto les espaces géographiques en concurrence pour leurs atouts et attraits naturels. Puis vinrent les progrès ferroviaires, avec un paysage qui défile et d'où émerge la notion de destination touristique.

Nos destinations sont aussi nos coeurs d'identité : le recentrage des citoyens sur leur territoire est manifeste, pour reconquérir une maîtrise des repères et des choix de vie. L'identité territoriale est devenue une ressource. Sa traduction en un actif immatériel au coeur de la cohésion sociale et économique constitue un enjeu pour les nouveaux modèles de développement : économie sociale et solidaire, économie positive, collaborative, circulaire ... Elles évoluent, tout comme les entreprises françaises, entre innovation technologique et ancrage géographique.

Le projet politique de l'attractivité territoriale devra répondre aux enjeux de progrès humain, social, environnemental et économique , oscillant entre identité, performance et qualité de vie.

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