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TERRITOIRES-EN-PAYSAGE.overblog.com

Albine VILLEGER, cogitation, inspiration, agitations scripturales et lignes horizontales de mots sans ego. Prédilections : Les territoires ont un langage, le paysage - Dans un monde de communication et d'image, quelle place pour le le silence en politique ?

Territoires de migrants en Paysage d'Afrique australe

Publié le 27 Septembre 2015 par TerritoiresEnPaysage

Si  loin de nos vies, si court de nos mémoires …

Les migrants courent après la vie qui s’en va

Zimbabwe, le nom résonne comme le titre d’une chanson d’un ailleurs africain, sonorités de jungle et de brousse comme celles de « Le lion est mort ce soir », oh wim bo we, ôh wim bo we … Loin de nos vies françaises, dans un autre hémisphère - du Nord où nous sommes - au Sud, à une nuit d’avion par le gros Airbus A380 qui atterrit dorénavant à Johannesbourg, porte d’entrée de l’Afrique australe, en Afrique du Sud, tout en bas du continent à la terre rouge, et aux couleurs arc-en-ciel figurant sur la proue aérienne de la flotte de la South Africain AirWays. Les couleurs, elles n’y sont plus tellement aux Zimbabwe, ou plutôt le rouge s’est souvent décliné comme le sang mêlé à une terre agricole pourtant l’une des plus fertiles de l’Afrique ; surnommé le grenier à blé de l’Afrique australe, le Zimbabwe se meurt de faim et de fin d’espoir pour des populations bousculées, harcelées, déplacées …

Mais que veut dire le mot MIGRANTS ? Nous sommes loin de la poésie des oiseaux migrateurs, se transportant au gré des saisons au plus chaud des espaces géographiques cléments et se nichant là où va le vent abritant. Derrière ce mot peut-être inconnu, migrant, se cachent une réalité d’hommes et de femmes, mais aussi d’enfants qui perdent leurs repères de territoires, qui fuient des lieux de vie devenus refuges de brigands ou terres asséchées ou ventres vides de famine pour silhouettes faméliques. Les pères, les mères fuient leurs propres maisons, pour sauver leurs garçons, leurs filles des périls d’autres hommes, impitoyables relais d’un chef de gouvernement devenu un roi oppressant. Mais comment peut-on en arriver là ? Pourquoi des hommes qui détiennent le pouvoir le transforment en une arme de destruction massive contre leurs propres populations ? L’argent, le plaisir de n’avoir aucun opposant, le fonctionnement d’une administration devenue folle qui retire des terres cultivées à des propriétaires agriculteurs pour les redonner à des amis conciliants mais pas compétents, et la terre mal entretenue devient alors stérile, ne peut plus nourrir ses enfants. Alors les enfants fuient, encore et toujours, plus loin, en Afrique du Sud, le pays d’à côté, celui qui a vu les blancs et les noirs vivre pendant si longtemps en guerre les uns contre les autres, et qui essaie d’inventer une démocratie avec un partage économique des richesses encore difficile. Les femmes et les hommes noirs continuent de subir des sorts précaires : tout le monde n’a pas de travail, de ressources ; alors quand d’autres familles, en famine, arrivent pour fuir des misères encore plus grandes (guerre civile, expulsion, manque de nourriture etc .), l’accueil est forcément contraint de loi de la jungle revue et corrigée à la mode humaine, mais pas moins cruelle. Les immigrés venus du Zimbabwe se posent tant bien que mal en terrains hostiles. Comment imaginer le sort des populations obligées de quitter des lieux de vie déjà plus que modestes, souvent des bidonvilles, ces refuges urbains sans eau, sans électricité, que le roi a trouvé peu conforme à une vision « propre » du pays qu’il voulait donner. Responsable de la chute infernale de l’économie agricole de son pays qui laisse les hommes et les femmes sans moyen de subsistance, il ne supporte pas néanmoins de voir ces paysages de misère s’étaler à la une des journaux, des vidéos, des reportages télévisés qui finissent par illustrer son règne. Alors il a décidé de nettoyer, de détruire, pour effacer, gommer et tant pis pour celles et ceux qui s’abritent dans ces modestes masures de tôle inconfortables.

On les efface en même temps, ils se retrouvent migrants dans leur propre pays, ballotés au gré des événements politiques à mille lieux de leurs préoccupations de parents : avoir un toit, manger, se soigner, pouvoir envoyer ses enfants à l’école.

Réfugiés ou migrants, quand on ne sait plus où on habite dans son propre pays, quand les pères sont obligés d’aller chercher du travail au-delà d’une frontière dont ils n’ont même plus la notion, alors ce sont les droits et la dignité qui s’en vont : impossible d’aller à l’école, de manger à sa faim, de se laver, d’avoir accès à de l’eau propre pour boire, de se soigner, des conditions de vie précaires quand on erre sur les routes sans savoir où aller mais en sachant juste qu’on ne peut pas rester là où on était. Les travailleurs agricoles du Zimbabwe en fuite sont à 40% atteints par le SIDA, sans domicile fixe, et environ 800 personnes meurent tous les jours des conséquences de cette épidémie. Bien sur le taux de mortalité des naissances et des enfants a doublé ces 20 dernières années. Et les tensions entre les sud africains et les travailleurs du Zimbabwe ont conduit à des attaques très violentes en 2008. L’économie de l’Afrique du Sud, et les conditions de vie des familles, sont heurtées de plein fouet par cet afflux de travailleurs très pauvres qui peuvent constituer jusqu’à un tiers de l’économie non visible. Les ressources pour nourrir les enfants en sont gravement modifiées. Et ces travailleurs sont sans papier, insécurisés, et donc premières victimes des violences car n’ayant aucune existence légale, ils ne peuvent demander de l’aide aux policiers. Une vie de migrant, de réfugiés c’est aussi et surtout une vie clandestine ou bien, ce qui n’est guère mieux, une vie dans des camps installés par les associations humanitaires en attendant mieux, qui parfois n’arrive jamais, et les années se prolongent dans un camping qui est tout sauf de loisirs. Des milliers, parfois des millions de personnes se regroupent dans des zones uniquement parce qu’elles ne peuvent qu’espérer y survivre, tandis que chez eux c’est forcément mourir, de faim ou de violences. Premières victimes, les plus fragiles, les femmes enceintes, les bébés, les enfants.

Au Zimbabwe, 700 000 personnes ont été expulsées de force et demeurent dans l’oubli ; elles vivent dans des camps rudimentaires, dans leur propre pays : des baraques couvertes de bâches en plastique, sans accès aux services les plus élémentaires après que le gouvernement ait lancé une campagne dé démolition des quartiers dits « informels » dans tout le pays, un programme d’action qui porte le nom de Murambatsvina (restaurer l’ordre). Car un roi qui ne veut pas partager le pouvoir, qui n’accepte pas des critiques, qui ne veut pas que la démocratie existe a pour priorité l‘ordre, avant même de savoir si tous les enfants du pays ont à manger. Lesquels enfants n’ont ni plancher, ni fenêtres, ni eau, ni toilettes et dépendant de l’aide humanitaire que le roi accepte au compte-gouttes car il ne veut pas que des observateurs regardent ce qui se passe. Et ces personnes expulsées deviennent invisibles, éloignées dans des zones rurales isolées, ou absorbées dans des secteurs urbains surpeuplés. Ainsi va la vie des migrants et des réfugiés : pas d’école, pas de services de santé, pas d’installations sanitaires, et pour ceux qui sont dans un autre pays pas d’existence légale … Les femmes qui avaient un étal sur les petits marchés africains perdent cette modeste ressource, les petits commerçants se voient opposer des règles administratives pur les empêcher de travailler car la vente est réservée aux amis du gouvernement. Pourtant le Zimbabwe a signé des traités internationaux, tels que le pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et celui interdisant les expulsions forcées. L’association Amnesty International se bat pour que les lois qui protègent les femmes, les hommes et les enfants soient respectées partout dans le monde, et que chacun puisse vivre dignement.

Au Zimbabwe, c’est un pays vert qui se meurt, un pays si beau que le lac Kariba abrite des forêts d’arbres dans l’eau, où le soleil offre des reflets chatoyants des plaines environnantes ; un pays où l’ombre de l’avenir est grise alors que cette couleur n’existe pas en Afrique, ni en l’air, ni à terre : bleu des cieux et latérite rouge de la terre, vert brousse et paille grain jaune, le gris n’est que dans les yeux des migrants et des réfugiés. Un pays où mêmes les animaux sauvages se meurent de ne plus être protégés pour être regardés. Au Zimbabwe il n’y a plus de diversité : ni politique, ni humaine, ni florale, ni animale …

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